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Mémoire
pour la paix Paris, le 25 février 2005
Chers
amis,
A l'heure où l'on commémore le 60e anniversaire de la libération des camps de la mort nazis, nombreux sont ceux qui se souviendront, en Israël, en France, en Belgique et ailleurs, du voyage judéo-arabe de mai 2003 à Auschwitz - qu'ils y aient participé, qu'ils l'aient soutenu en son temps, ou qu'ils en aient pris connaissance a posteriori, avec le sentiment que cet événement les engageait à une démarche. Récemment, Madame Simone Veil a cité en exemple à plusieurs reprises (dans les émissions de Josy Eisenberg, de Jean-Pierre Elkabach ) l'initiative du père Emile Shoufani , qui restera pour beaucoup le signe que la Mémoire de la Shoah est une question d'ordre universel, et qu'elle peut être une occasion de vrai partage entre personnes d'origines différentes. Le
contexte, on le sait, a changé depuis notre voyage à Auschwitz.
Il a changé d'abord au Proche-Orient, où quelques lueurs
d'espérance sont apparues ces derniers mois (rappelons à
ce propos que Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, le nouveau président
de l'Autorité palestinienne, avait soutenu fermement l'initiative
d'Emile Shoufani en 2003, et qu'il avait suivi de près sa préparation
au cours d'une dizaine de réunions avec le curé de Nazareth
ou avec ses émissaires arabes, comme je le raconte dans mon livre. Chaque fois que nous le pouvons, nous favorisons ces initiatives en mettant en relation les personnes et les réseaux - sans que ces interventions amicales n'engagent " Mémoire pour la Paix " en tant que telle. Mais celle qui nous semble la plus proche de notre association, et que nous pouvons recommander à tous ceux d'entre vous qui agissent dans l'Education, a pour nom COEXIST. COEXIST, un programme éducatif Si ce nouveau programme d'intervention dans les collèges nous est si proche, c'est d'abord parce qu'il est un peu " l'enfant " de Mémoire pour la Paix : c'est en effet au cours de notre voyage à Auschwitz que les responsables de l'UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) et ceux de Convergence se sont rencontrés et ont eu l'idée de travailler ensemble. Leur initiative, aujourd'hui, est marquée par l'esprit de ce grand moment de rencontre, qu'elle contribue à faire vivre. Le réseau national des Clubs Convergences, né en 2002, est représentatif de cette nouvelle génération de Français issus de l'immigration maghrébine et africaine qui ont accédé à la classe moyenne, parfois avec de remarquables réussites professionnelles, et qui affirment fièrement leur attachement aux valeurs de la République. Ces Clubs, actuellement répartis sur dix régions, promeuvent l'interculturalité et luttent contre toutes les formes d'exclusion. Quant à l'UEJF, créée il y a soixante ans, forte de 15 000 membres, très présente dans les universités parisiennes et celles des grandes villes de province, elle n'est pas seulement un syndicat et une association communautaire : co-fondatrice de SOS Racisme en 1984, elle s'engage dans des campagnes de mobilisation contre la xénophobie et pour un civisme de tolérance. Ensemble, donc, les deux associations ont fondé COEXIST, un programme éducatif destiné à faire travailler les élèves sur les stéréotypes, souvent à la base du racisme et de l'antisémitisme. COEXIST est patronné par le Ministère de l'Education Nationale et soutenu par le FASILD. Des médiateurs, issus des deux associations, ont été formés pour intervenir ensemble dans des classes de quatrième et de troisième. N'hésitez pas à prendre contact pour des interventions dans les établissements scolaires (note 3). Une école pour la paix Quant aux projets propres de " Mémoire pour la Paix ", ils ont été quelque peu ralentis durant le second semestre de 2004 par l'absence relative d'Emile Shoufani : outre les ennuis de santé qui l'ont immobilisé durant une partie de l'été, il a été retenu à Nazareth par les responsabilités croissantes qu'il a été amené à prendre dans la vie du diocèse melkite de Nazareth-Haïfa (il en a été d'ailleurs nommé récemment le vicaire général), et aussi par la gestion de l'école. Quelques informations sur les activités de l'école Almutran de Nazareth, qui reflètent le travail incessant du père Shoufani en faveur du dialogue. Depuis l'an 2000, un programme d'éducation musicale a été mis en place, qui s'est particulièrement renforcé cette année. Les professeurs de musique qui initient les jeunes Arabes chrétiens et musulmans sont tous juifs, issus du Kibboutz Mizrah. Des jeunes élèves ont participé, en Octobre dernier, à une tournée du chur de ce kibboutz aux Etats-Unis, tournée au cours de laquelle plusieurs récitals ont été donnés en commun avec le chur palestinien de Naplouse, dans des synagogues, des mosquées et des églises. Evidemment, ces rencontres par la musiques intéressent beaucoup la Fondation Birenbaum. En
octobre encore, 150 élèves et professeurs de l'école
juive Lyada de Jérusalem ont été reçus pendant
deux jours à l'école Almutran, et ont été
accueillis pour la nuit dans les familles arabes. Après de nombreuses
difficultés, ces échanges avec partage de vie, qu'Emile
Shoufani avait lancées il y a quinze ans, ont repris toute leur
vigueur. Malgré les difficultés économiques (note 4), donc, l'enseignement prodigué aux élèves arabes est de plus en plus riche, et inclut plus que jamais une éducation à la paix. C'est ce qui a valu à l'école le Prix de l'Education 2004/2005, remis en janvier par le Président de l'Etat, lequel avait déjà attribué à Emile Shoufani l'an passé le Prix de la Tolérance.
Avec ces responsabilités éducatives qui s'ajoutent à des charges ecclésiales plus importantes, et avec la continuation des rencontres organisées par notre association-sur en Israël - la dernière en date ayant réuni des Arabes et des membres du Bnei Brit - Emile Shoufani n'a pu s'absenter que deux fois de Nazareth : la première, destinée à recueillir des fonds pour son école, a eu lieu en septembre en Suisse (suivie d'une intervention à la conférence sur le dialogue interreligieux organisée par la communauté Sant Egidio de Milan) ; la deuxième a eu lieu en décembre pour intervenir, aux côtés du Professeur Mohammed Arkoun et de Rachid Benzine, au XXXXe Colloque des Intellectuels Juifs à Paris (note 5), sur le thème " Penser et bâtir la paix au Proche-Orient ". C'était la première fois que des personnalités arabes musulmanes et chrétienne participaient à cette manifestation annuelle. Le père Emile a ensuite donné des conférences à Bruxelles et Louvain la Neuve. Nos projets de " laboratoires de la paix ", évoqués dans mon précédent courrier, ont donc pris quelques mois de retards. Pour mettre sur pied ces séminaires d'un nouveau type, nous disposons de beaucoup d'atouts, dont le premier est certainement le désir réel de certaines collectivités locales pour accueillir de telles rencontres. Mais nous avons décidé que leur préparation effective, si nous voulions ré-inventer des événements aussi originaux que le fut notre voyage, ne pourrait commencer qu'avec une présence plus régulière du père Shoufani en France, d'ici quelques mois.
Ces deux exemples sont particulièrement significatifs, puisqu'ils se situaient dans le cadre d'événements consacrés essentiellement à la mémoire de l'immigration. Alors que les organisateurs auraient pu se limiter à évoquer la mémoire des cultures maghrébines et africaines, celle de la guerre d'Algérie, de la colonisation ou la condition des premiers travailleurs immigrés, ils ont tenu, dans les deux cas, à introduire un autre thème : celui de la Shoah et de l'antisémitisme, qui n'est pas un thème seulement juif et historique, mais une question universelle et bien actuelle. Au-delà du supposé conflit des mémoires communautaires, au-delà de ce qu'il est convenu d'appeler la " concurrence des victimes ", il a été ainsi montré qu'un échange réel peut exister, qui engage à une démarche de citoyenneté et de fraternité. Notre dernière rencontre a eu lieu, le 25 janvier dernier, à la synagogue libérale du MJLF à Paris. Nous y avons entendu notamment le témoignage de Laurent Klein et de Mehrézia Labidi-Maïza , respectivement directeur d'école publique et représentante de parents d'élèves, qui vivent une étonnante expérience de dialogue dont ils ont rendu compte dans leur livre Abraham, réveille toi ! Ils sont devenus fous ! (ed. de l'Atelier). Les responsables de COEXIST nous ont aussi exposé le programme éducatif que j'ai évoqué plus haut.
Rencontres à Rennes Dans un avenir prochain, le programme le plus important se concentre autour de Rennes, où une association " Vivre en Paix ensemble " s'est constituée à partir d'un groupe de participants à notre voyage de 2003, association dont notre amie Magda Hollander Lafon, rescapée d'Auschwitz, est la présidente d'honneur. Tout
d'abord, du 21 au 24 janvier, Magda partira en Allemagne avec des historiens,
sur les traces des quelque 1700 déportées d'origine hongroise
(comme elle) venues de Birkenau pour construire une piste d'atterrissage
allemande, sous laquelle elle avaient laissé des messages dans
des boîtes de conserves et des bouteilles. Elle sera suivie dans
ce voyage et dans ses actions de témoignage en milieu scolaire
par FR3 Rennes. Pour
avoir le programme et contacter les responsables, vous pouvez passer
par notre intermédiaire en mail : contact@memoirepourlapaix.com
Une délégation chrétienne est aussi prévue. Toutes deux devraient être accueillies officiellement dans l'après-midi, sûrement avec la visite du nouveau Mémorial qui a été récemment inauguré à Paris. A noter aussi que deux enfants musulmans et deux enfants chrétiens (environ douze ans) devraient participer avec d'autres à la lecture des noms. Les
personnes volontaires pour une participation ou celle de leurs enfants
peuvent nous contacter très rapidement (la cérémonie
n'a lieu strictement que sur invitations).
Recevez,
chers amis, l'expression de nos sentiments les plus fraternels.
NOTES : 1. Renseignements au CEDER, 1 rue Jean Moulin 91130 Ris-Orangis, e-mail michel.serfaty@wanadoo.fr 2. Renseignements contact@parlerenpaix.org ou le site www.parlerenpaix.org 3. Renseignements et demandes d'interventions : COEXIST 26 rue de Navarin 75009 Paris. Tel 01 55 07 58 18 Fax 01 55 07 80 50 E-mail coexist@uejf.org 4. Il est possible d'aider ces programmes de musique et d'astronomie (50 € par élève) en envoyant directement des chèques (barrés) à l'ordre de " Ecole Saint Joseph " à l'adresse suivante : Ecole Saint Joseph BP 99 Nazareth 16000 Israël. 5. Les Actes de ce Colloque seront disponibles en librairies à l'automne prochain (ed. Albin Michel) 6. Magda Hollander Lafon interviendra aussi le lundi 14 mars à 20h30 au Centre diocésain de Rouen, 41 route de Neuchâtel. Renseignements : 02 35 70 64 64 ou accueil@espacedumoineau.com 7. Les reçus fiscaux ont été envoyés. Les donateurs qui auraient été oubliés peuvent se manifester par mail, il leur sera répondu rapidement. |